Recyclage automobile : du nouveau dans le décollage

Le 15/05/2007 à 17:28  

Recyclage automobile : du nouveau dans le décollage

Désassemblage copyright Indar Un nouveau procédé thermique de décollage, mis en œuvre grâce à la technologie Indar, elle même venue de l'industrie aéronautique, a été récemment mis au point : il faciliterait les opérations de réparation et de recyclage automobile notamment parce que pouvant être utilisé avec différents types de colles mais aussi sur une grande variété de matériaux... D'entrée, on ne peut qu'adhérer!

Au moment où l’éco-conception fait beaucoup parler d’elle, dans bien des domaines, la nouvelle s’avère intéressante parce qu’originale ET efficace (ce qui ne gâte rien).


Le monde du recyclage adhère

Indar, une technologie venue du monde sophistiqué de l'industrie aéronautique, intéresse désormais l'automobile, l'électronique, l'optique ou l'imagerie médicale.

La technique de décollage des adhésifs structuraux utilisés dans l’indusytie aéronautique vise à réduire les coûts des opérations de maintenance, de réparation et de recyclage. De fait, elle serait en cours de validation au sein du pôle de compétitivité Aese (Aéronautique, espace, systèmes embarqués), dans le cadre du projet Vasco, qui a pour objectif d'évaluer le vieillissement et la durabilité des structures composites assemblées par collage.

La société Rescoll en partenariat avec le Laboratoire de chimie des polymères organiques de l'Ecole nationale supérieure de chimie et de physique de Bordeaux, travaillent de concert sur ce programme. « Nous poursuivons cette collaboration et nous menons des travaux en interne pour approfondir la connaissance de la technologie dans le but d'assurer sa polyvalence », explique Maxime Olive, ingénieur R&D chez Rescoll Centre Technologique, à Pessac. Après plusieurs années de R&D, cette technologie, d’ores et déjà brevetée, a montré sa capacité à modifier bon nombre d'adhésifs structuraux, des époxy aux polyuréthanes en passant par les silicones. Le principe consiste à fragiliser, de manière maîtrisée, le collage pour désolidariser des assemblages sans dommage.

C'est tout l'intérêt de cette technique, qui attire aujourd'hui d'autres secteurs et notamment celui de l’automobile. En cours d'évaluation industrielle dans le cadre d'un projet européen qui associe des équipementiers et des constructeurs, le procédé pourrait rapidement trouver une première voie de commercialisation dans le cadre du démontage des pare-brise, toujours délicat dès lorsque l’on parle « recyclage »…

En effet, le recyclage, chaque année en Europe, des quelque 9 millions de véhicules arrivés en fin de vie, génère tout de même plus de 2 millions de tonnes de déchets non métalliques (verre, plastiques, composites). Il y a fort à parier que l'utilisation « d'adhésifs démontables » dans les nouveaux modèles conduirait à une réduction notable de ces tonnages qui pourraient par ailleurs bénéficier d’un recyclage effectif avec des débouchés sans doute plus simples à trouver.

C’est l’histoire d’une colle qui se décolle…

C’est l’histoire qu’une colle qui se décolle… un concept pour le moins original. Le procédé consiste à reformuler des adhésifs structuraux en incorporant des composés chimiques spécifiques, appelés « agents d'expansion », déjà très utilisés pour le moussage des plastiques. « L'ajout de ces molécules dans les adhésifs n'altère pas les caractéristiques mécaniques, adhésives, ni cohésives des dépôts ou des joints de colle jusqu'à une température critique, dite d'activation. Lorsque l'assemblage doit être décollé, un apport de chaleur à une température précise, qui varie entre 100 et 180 °C, suffit à déclencher la dégradation de ces additifs. Cette décomposition libère des gaz concentrés à l'interface entre la colle et le substrat, qui vont provoquer des contraintes mécaniques défavorables à l'assemblage. Résultat : les éléments collés se séparent sans effort, donc sans dommage.

S'il existe d'autres technologies de décollement qui font appel à des agents chimiques gonflants, elles entraînaient jusqu'à présent une explosion du joint de colle. Au contraire, notre technologie permet, par le choix et la mise en oeuvre bien spécifiques des additifs, d'obtenir des surfaces propres, donc réutilisables », ajoute Maxime Olive.

Est-ce à dire que les boulons et autres rivets sont bons pour la casse ? Certes non ! L'intérêt du concept réside dans le fait de faire sauter « le verrou technologique qui empêchait les adhésifs structuraux, dont les hautes performances de tenue mécanique sont pourtant éprouvées, de remplacer massivement les techniques d'assemblage traditionnelles. Hier, le démontage des pièces collées était difficile, voire impossible. Aujourd'hui, il devient facilement réversible. L'utilisateur peut donc bénéficier de l'excellent comportement mécanique des colles structurales, avec une adhésion élevée, une forte résistance à la corrosion et une très bonne homogénéité de l'assemblage », confirme notre interlocuteur.

Bref. On l’aura compris : au-delà du seul marché de substitution, cette innovation répond à l’un des problèmes fondamentaux dans ce nombreux domaines : le désassemblage, auquel sont confrontés tous les secteurs industriels qui utilisent le collage structural, ne serait-ce que pour séparer des pièces présentant un défaut en production ou pour réutiliser des pièces à forte valeur ajoutée après recyclage.