Recycler les TLC passe par l'innovation

Le 08/10/2013 à 9:18  

Recycler les TLC passe par l'innovation

déchets textiles Doper un  métier ancestral afin de multiplier les débouchés de la collecte et du tri des textiles n'est pas utopique. Le 27 septembre dernier, rendez-vous était donné par Alain Claudot, Directeur général de l'éco-organisme dédié à la collecte et à la valorisation des textiles usagés, afin de faire un point que la modernité dont est capable le métier de « chiffonnier ». La flambée des cours du coton, tout comme le récent reportage accablant, signé par France 2, démontrant l'adjonction de produits chimiques (interdits en UE), utilisés par les pays producteurs de tissus et vêtements vendus à bas coûts (diffusés par les grandes enseignes à pas cher) étaient bien évidemment dans les esprits de chacun... Réduire le gaspillage s'impose ; collecter davantage est une évidence...

 On estime qu'environ 10 kg par an et par habitant de textiles, linge de maison et chaussures sont mis sur le marché. Seulement, voilà : 2,2 kg/an/hab. sont collectés. 70 000 tonnes environ étaient récupérées, il y a 10 ans ; si l'on est passé à 150 000 tonnes aujourd'hui, l'objectif est de vider les placards et armoires de 300 000 tonnes par an. La réutilisation de ces textiles devra rester majoritaire : elle est de 60% des tonnages récupérés, en Belgique, en Allemagne ou encore aux Pays Bas. Autant dire que c'est possible pour la France, du moins si on s'y colle. D'ores et déjà certains territoires de notre pays parviennent à livrer 5 k/an/hab, soit deux fois ce qui est collecté en moyenne à l'échelle nationale...

 Par couleur et par matière...
 Chaque année, ce sont plus de 2,5 milliards d'articles textilles d'habillement, linge de maison et chaussures (TLC) qui sont mis sur le marché en France. Pour faire de la place dans les armoires, nous nous débarrassons régulièrement d'une partie de nos efffets. Mais pas toujours comme on le devrait. Pourtant, comme pour les emballages, les DEEE et autres biens de consommation, la filière française  s'est organisée  afin de mieux diriger ces flux et leur éviter la classique poubelle. C'est dans le cadre de la fameuse REP, qu'un éco-organisme a vu le jour en décembre 2008. Il faut préciser aussi, qu'au début des années 2000, le secteur de la récupération textile était mal en point : des prix bas, une qualité des vêtements donnés globalement en perte de vitesse, une concurrence exacerbée, des entreprises en difficulté... Depuis lors, le marché s'est bien redressé : les prix à la tonne sont plus que sympas et les entreprises qui s'adonnent à cette activité vont bien. Cela dit, si on veut collecter plus, il faudra trouver des solutions efficaces pour traiter ce qui ne pourra plus être porté en l'état. D'où la nécessité d'innover, et de faire entrer en piste, la recherche et de nouvelles technologies...
feutre
Environ128 300 tonnes ont été récupérées et triées dans les centres de tri conventionnés par Eco-Tlc, soit 18,3% du gisement global (à ne pas confondre avec les quantités récupérées). De la même manière que l'essentiel de ce qui est collecté repart en Afrique (près de 80%) ou dans les Pays de l'Est (10%) ; les 10% restants étant revendus en France (boutiques associatives, friperies).

 Le tri est toujours en premier lieu, manuel (on parvient à classer les textiles en plus de 200 familles, par couleur, par matière, homme-enfant-femme, etc.) ; dans un second temps, afin d'affiner celui-ci, des systèmes de tri automatique sont possibles : ces procédés permettent par une technologie spectroscopique, une meilleure valorisation des vêtements destinés au recyclage en les triant par couleur et par matière. Si ces systèmes de tri automatique ne sont pas encore commercialisés, ils sont en passe de l'être...

Une chose est sûre : il va de soi que si l'on collecte plus, demain, il restera des fractions d'autant plus plus importantes qui ne pourront être réutilisées en l'état, et dont il faudra bien en faire quelque chose... L'une des difficultés rencontrées par le secteur textile est la multiplicité de leurs composants. Autant le papier, par exemple, est mono matériau, autant les vêtements, literies et chaussures sont diversifiés quant au nombre de matières utilisées dans leur fabrication. C'est sans compter leur grande variété de coloris...

« Bref : le consommateur doit apprendre à jeter autrement, l'industriel à fabriquer en pensant à la fin de vie de ses produits, tandis que les pouvoirs publics doivent fournir un cap raisonnable, à suivre », indique Alain Claudot.

 Un métier en quête de nouveaux débouchés
 Depuis longtemps déjà, les fibres textiles recyclées servent à produire des isolants pour le secteur automobile. La confection de feutre destiné à l'isolation de l'habitat, tel que le « Métisse », est plus récente ; fabriqué à partir de fibres recyclées, il est commercialisé et enregistre de belles percées commerciales. Après tri et effilochage, les fibres recyclées, principalement d'origine naturelle (laine et coton), sont mélangées à des fibres polyester, puis chauffées dans un four industriel et enfin pressées pour s'agglomérer de manière homogène et obtenir des panneaux plus ou moins rigides (isolant en rouleau).

La fabrication d'isolant en vrac est encore plus récente et innovante : après tri, effilochage et trempage dans un bain ignifuge et anti-moisissures, les fibres textiles recyclées (laine et coton) sont séchées. Le produit obtenu est un feutre qui est ensuite réduit à l'état de flocons, grâce à un second effilochage.
La nécessité de mieux isoler les logements en vue de limiter les consommations énergétiques devrait permettre un bel avenir à ces matières... Tout laisse à penser en effet que l'on pourrait passer d'une production de 3 000 tonnes annuelles à 6 ou 12 000 tonnes dans les 5 ans à venir !
textile
Dans un tout autre registre, la Filature du Parc a eu l'idée de détricoter des vêtements en maille, de rassembler les fils de couleurs similaires, de les teinter à nouveau, afin d'homogénéiser le coloris souhaité, et de retricoter ces fils pour fabriquer de nouveaux pulls. Si le résultat final ne manque pas de cachet, la marque Somewhere a encore quelques difficultés à écouler cette collection : les coûts de production de la filature sont encore un peu élevés pour faire de ces produits des effets faciles à vendre. Mais l'idée est là ; elle est bonne et française de surcroît...
Une maison telle que Ventron (Moselle) a opté pour la récupération des draps (hôpitaux et hôtellerie) en polycoton. L'entreprise finalise actuellement la mise au point industrielle de son procédé qui s'avère prometteur (séparer les fibres issues du pétrole, des fibres naturelles)...
le recyclage chimique consiste en la régénération chimique des fibres synthétiques . Elle fait appel à des procédés de dissolution qui permettent de dépolymériser partiellement ou totalement des fibres textiles en molécules , ces dernières étant ensuite « re-polymérisées » pour obtenir de nouvelles fibres, lesquelles peuvent être utilisées ensuite comme des fibres vierges. Encore peu développé en Europe, le recyclage chimique est plus largement utilisé en Asie.

D'autres entreprises telles que Framinex (Somme) travaillent sur l'incorporation des textiles usagés dans le béton, afin d'en faire des béton allégé servant à la construction de murs antibruit... Mais peut être un jour verrat-on ces bétons intégrer la construction d'habitats...
Les chaussures (20% des tonnages) posent différents problèmes ; lorsqu'elles ne sont pas retrouvées par paire... on ne peut guère les vendre pour être portées de nouveau. De la même manière lorsqu'elles sont trop usées. Cela dit, une maison comme Nike a récupéré les baskets, qui une fois transformées, ont été recyclées en sols de salles de sport. Autant dire que les idées ne manquent pas même si pour l'heure, les solutions sont encore trop peu nombreuses...
Une chose est sure : en 20 ans, et même pas, on a fait un pas de géant. Dans bien des secteurs, les qualités du textile sont désormais reconnues comme parfaitement aptes à intégrer de nouveaux secteurs industriels via le recyclage. L'isolation thermique et phonique, la filature et pourquoi pas, le secteur des géosynthétiques, quand bien même les applications sont très spécifiques et requièrent donc de fortes exigences surtri des textiles la qualité des fibres...

Pour toutes ces raisons, conclut Alain Claudot, « un quatrième appel à projet a été lancé (voir notre dépêche): d'ores et déjà, trente projets nécessitant de la R&D ont été proposés via le dernier appel ; 10 ont été retenus que nous accompagnons depuis 2009.
Il faut garder à l'esprit que l'on est en pleine dynamique de changement. Au demeurant, le secteur textile s'est offert, pour la première fois dans l'histoire de la collecte des textiles usagés, une campagne nationale, à la radio, intitulée "J'ai la fibre du tri". Beaucoup de travail reste à faire : l'idéal serait de pouvoir implanter un conteneur pour 2000 habitants. Plus de conteneurs sont nécessaires si l'on veut collecter davantage, alléger la fraction vouée à l'élimination pure et simple de ces déchets alors que l'on peut en faire autre chose de valable, et offrir, en conséquence, la quantité nécessaire de fibres, aux recycleurs qui se penchent sur l'avenir de leur métier »...

 Voir également Le recyclage textile nous trame de ces trucs!...